Antanas Sutkus: cadres limpides, instants vifs (1/2)

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A. Sutkus, le 9 octobre au soir (photos BF)

Qui l’aurait cru? Dans le désert culturel quasi total qu’est l’actuel Salvador, ce mardi soir, pour prolonger l’inauguration de sa Mostra itinérante au Brésil, le photographe lituanien Antanas Sutkus, soixante et onze ans, était à Salvador. Avec cent vingt tirages, jamais légendés, tous en noir et et blanc et pour la plupart en format carré, qui couvrent les murs de trois salles. « Un regard livre », tel est le titre de l’exposition qui épouse parfaitement les cadrages d’Antanas, tant l’empathie est le foyer focal même du travail du photographe lituanien, qui regroupe ici des clichés pris pour l’essentiel entre les années cinquante et la fin des années quatre-vingt, non signés alors car pris au service de l’Agence Tass. La présentation nous conte que le fonds total des photos prises par le lituanien s’élève à… un million, dont une énorme part des négatifs n’est pas encore agrandie.
En Russie comme en Lituanie, sur ces chemins de terre comme sur les seuils de nombreuses demeures campagnardes, nous éblouit l’enlacement filial, la joie de l’enfance alliée à la blondeur des cheveux, dans des contrées qui nous semblent isolées, ou le seul et plein travail soude tout. Les gros plans serrés sur ces anonymes savent aussi nous conter la dureté du labeur, l’abnégation féminine et le sentiment d’espérance qui inonde de nombreux visages, c’est ici une évidence, d’un peuple en des temps d’union soviétique. Des instants, qui éclatent aux quatre coins de l’image, parfois, comme en suspens et ignorants les uns des autres, par les bienfaits du cinq centième de seconde. Jamais durs, encore moins larmoyants, ces femmes, ces enfants et ces hommes semblent alors nous enjoindre d’aller vers eux, par les clairières ou les vaux de la grande Russie. Définitivement, ainsi, cette œuvre et Antanas, bien vivants tous les deux, ont déjà rejoint le paradis pictural de l’Humanisme, aux côtés d’un Willy Ronis, d’un Edouard Boubat ou bien encore d’un David Seymour.

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Um olhar livre
. Antanas Sutkus. Commissariat de l’exposition: Luiz Gustavo Carvalho.
Du 10 octobre au 25 novembre 2012. Conjunto Cultural da Caixa Econômica Federal. 57, rua Carlos Gomes (à deux pas de la Praça Castro Alves).

P. S. : Nous devons notre intérêt prolongé à l’oeuvre d’Antanas à deux moments « parisiens » des années 90. Notre regard cueillit un jour ceci dans la magnifique revue « L’Autre Journal » puis, au cour d’une conversation avec l’essayiste et critique Christian Caujolle et Gilou Le Gruiec, de l’agence VU’, autour de cette très célèbre image, nous sûmes nommer l’identité réelle du photographe, à leur grande surprise.
Dans la "salle Sartre", le 9 octobre 2012

Dans la "salle Sartre", le 9 octobre 2012


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